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C’est la plus ancienne. J’étais jeune brigadier de police-secours à sceaux. La soirée
était jusque-là tranquille lorsqu’un tumulte dans la cour de la mairie attire l’attention
de tous. La porte s’ouvre brusquement et le planton, aux prises avec un individu
en état d’ivresse, font irruption dans le poste. Je connaissais bien le gardien, plutôt brutal, homme rustre, mais honnête et discipliné.
Le calme relatif étant revenu, je constate que l’homme ne porte aucune blessure.
Le gardien m’explique qu’il avait remarqué, rue Houdan, une voiture circulant
en zig-zag. son conducteur l’avait arrêté en heurtant le trottoir. Descendu de son
siège, il s’en était immédiatement pris à lui, l’injuriant, le bousculant. on imagine la
suite. A l’écoute des explications embrouillées du conducteur, nous comprenons qu’il
sort d’une réception où il a trop consommé d’alcool et qu’un différend violent a terminé
la réunion. Peu de temps après, plusieurs convives amis ou parents nous confirment
les faits. Le conducteur voulait rentrer chez lui, à Paris. Je m’y oppose, dans
l’état où il est, ce serait trop risqué. A cette époque des débuts des mesures contre l’alcoolisme au volant, il n’existait pas encore de ballon alcootest, mais nous disposions de la mallette, avec le matériel à prise de sang. Dans ce cas précis, puisqu’il y avait rétention du conducteur avec immobilisation de son véhicule, la prise de sang à l’hôpital s’imposait. En ce qui me concerne, c’était la première fois ; j’avais intérêt à réviser ma leçon
avant de requérir le médecin. Je suivais donc la procédure. Au retour du commissariat :
garde à vue en cellule de dégrisement du conducteur, par ailleurs mis à la disposition
de la PJ pour “conduite en état d’ivresse”. il devait être entendu le lendemain à neuf
heures. Pour ma part, je reprenais mon service le même jour à huit heures. Mon “client”
de la veille était évidemment encore là, entièrement dégrisé. Ce n’était plus du tout
le même homme. il était d’une politesse, une gentillesse à me faire regretter de l’avoir
arrêté. il ne m’a pas reconnu. il y avait au poste de police, une collecte en cours au
profit d’un collègue partant en retraite, à laquelle il a absolument voulu participer.
J’avais mauvaise conscience. Là-dessus, six ou huit mois se passent… lorsque je reçois une convocation de
l’iGs portant la mention laconique “Affaire du… ”. Ça ne me dit rien du tout. Aux archives du jour indiqué, je trouve une copie de mon rapport de prise de
sang me rappelant les détails de l’affaire, classique somme toute. Je me demandais
bien ce que me voulait l’IGS. Au bureau de l’inspecteur X, je fus reçu comme un malfaiteur
destiné au mitard. Après un long moment d’attente sans explication, il finit
par me tendre la copie de la plainte déposée contre moi, dont évidemment je ne me
souviens plus des termes précis. il y était question de “passage à tabac, blessures
graves, peut-être même de fracture, d’injures”, bref la totale, quoi. Au fur et à mesure de ma lecture, je rigolais de bon coeur et refusais de rendre
le papier à mon inquisiteur tant que je n’aurais pas tout lu. « et ça vous fait rire !
s’énerve-t-il – Vous voudriez que je signe ça ?, rigolais-je encore – Ne soyez pas il me fixe un instant, se dirige vers le bureau voisin. J’entends une sérieuse
engueulade, puis il revient : « C’est bon, vous pouvez retourner à sceaux -
Merci, monsieur, dois-je m’excuser ? » Pas de réponse, la porte claque. L’inquisiteur
n’avait probablement pas eu connaissance du dossier complet. D’accord, une
erreur est toujours possible. Mais pourquoi cette certitude a priori ? sans consultation
sérieuse de l’affaire.
Plus tard, j’appris que mon boucher, excellent homme (sic !) avait réellement
été tabassé et fracturé à l’épaule. il était syndicaliste aux Halles de Paris (pas encore
rungis) et s’était fait corriger par des grévistes au cours d’un meeting de leur profession,
et pensait avoir trouvé un moyen d’indemnisation aux frais de la Préfecture de
Police. |
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